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"Les enfants verts" - Olga Tokarczuk

Rencontre du troisième type... ?
Difficile de trouver spontanément en librairie les titres publiés par les Editions de La Contre Allée... Leur petit format, associé à des choix éditoriaux favorisant les textes méconnus d'auteurs contemporains, suffisent-ils à expliquer cet état de fait ?
Une première expérience réussie avec Olga Tokarczuk m'a convaincue d'opter, dans le cadre de ma participation à l'éditeur du mois de mai, pour son récit "Les enfants verts", que sa brièveté définit comme une nouvelle.
Mi-XVIIe siècle... William Davisson, médecin originaire d'Ecosse mais amoureux de la France où il a vécu de nombreuses années, a accepté d'accompagner le roi Jean II Casimir dans un périple reliant la Lituanie à Lvov, dans le sud de la Pologne, avec pour mission de soulager les crises de goutte et les accès de mélancolie du monarque.

Le pays connaît alors des temps troublés, pris en étau entre les armées suédoises à l'Ouest et les troupes russes à l…

"Americanah" - Chimamanda Ngozi Adichie

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Une histoire tirée par les cheveux.
Ifemelu est noire. Mais c'est en vivant aux Etats-Unis, ayant rejoint l'université de Philadelphie pour y poursuivre ses études, que la jeune nigériane prend conscience de sa couleur de peau et surtout de l'incidence de celle-ci sur la manière dont les autres la perçoivent.
A l'issue de treize années passées chez l'oncle Sam, elle décide de rentrer au pays. A quelques heures de ce retour, installée dans un salon de coiffure "afro" pour une séance de tressage, Ifemelu convoque, par épisodes, ses souvenirs... ceux de son expérience américaine, auxquels se mêlent les réminiscences de sa jeunesse nigériane, marquée par l'amour profond et paisible qui l'unissait à Obinze, un camarade de lycée, avec lequel elle a coupé tout contact quelques mois après son arrivée aux Etats-Unis, alors que la nostalgie, le manque d'argent et la solitude la plongeaient dans une déprime tenace. Obinze, après avoir étudié à Londres, s…

"Sous un ciel immense" - Catherine de Saint-Phalle

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Entre morts et vivants.
Le roman de Catherine de Saint-Phalle est peuplé de personnages que leur existence et leur façon d'être, de s'exprimer, parent d'une dimension à la fois extraordinaire et palpable. Tous ont connu un voire plusieurs drames dont ils subissent les résonances avec humilité, et une rare capacité à se remettre en question.

Sarah, sculptrice, tient un bar à Melbourne. Cette solide femme d'origine irlandaise a des difficultés à communiquer avec sa fille Mary, notamment depuis que cette dernière a fait le choix, pour une obscure raison visiblement sans lien avec d'éventuelles convictions religieuses, de dissimuler sa beauté sous une burqa qu'elle ne quitte plus, même dans l'intimité.

Mitali, d'origine indienne, vient de perdre son amie Olga, décédée après de longs mois de coma. Sa belle-fille Billie se remet d'une leucémie, et elle a perdu quelques années auparavant le frère dont elle était très proche, qui s'est suicidé.
Le roman …

"La faille" - Isabelle Sorente

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"Il y a comme une clairière où même les personnages éternels qui nous possèdent n'entrent pas, malgré leur éternité, malgré leur supériorité aérienne sur nos nerfs, malgré leur prise directe sur nos obsessions".
Un homme a été battu à mort lors d'une manifestation pour la famille. La jeune femme qui l'accompagnait, agressée elle aussi, a survécu à ses blessures. En nous livrant d'emblée cette elliptique information, Mina Liéger, narratrice et écrivain, nous intrigue...
Il faudra ensuite faire preuve de patience avant de comprendre les circonstances de ce drame. Pour cela, Mina nous ramène vingt ans en arrière, à l'époque où, lycéenne surdouée, elle vivait avec sa mère dans un cossu appartement du seizième arrondissement de Paris, suite au divorce de ses parents. Fonctionnaire, femme isolée, sa mère détonnait quelque peu au sein de ce milieu bourgeois auquel elle aurait tant voulu s'intégrer, et qui lui opposait un vague mépris, à l'image de Mme Sc…

"Ce lieu sans limites" - José Donoso

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Ténébreux destins.

Voilà à quoi tient, entre autres, le talent d'un auteur : parvenir, même dans la brièveté, à faire croire au lecteur qu'il connaît ses personnages depuis toujours, et l'engloutir avec force, le temps d'une courte parenthèse, dans le présent de son récit.
La méthode de José Donoso, pour y parvenir, consiste en une immersion certes un peu brutale, mais efficace. Projeté dans la grisaille profuse de son univers glauque et désespéré parfois traversé d'une lueur fugace témoignant de l'expression des espoirs ou des rares joies de l'humanité qui y croupit, on est immédiatement englué dans son atmosphère poisseuse.
El Olivo est de ces villages que l'on dirait coincé au fond d'une impasse, un trou oublié du monde où même les trains ne passent plus, dont les masures s'enfoncent dans une terre boueuse et instable, un lieu peuplé de figures que leurs caractéristiques rendent presque caricaturales et irréelles, emblématiques du rôle qu'…

"Un pays pour mourir" - Abdellah Taïa

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Au nom d'elles.
"Un pays pour mourir" est de ces récits qui se lisent en apnée, porté par les voix d'héroïnes exprimant les souffrances comme les espoirs de leur féminité malmenée.
Zahira, marocaine, est prostituée à Paris depuis plusieurs années. Métier qu'elle exerce, surtout maintenant qu'elle se sait en fin de carrière, davantage par compassion que par pragmatisme, offrant son corps pour quelques euros aux migrants que l'état du monde pousse sur les routes. Elle est sans doute l'unique amie d'Aziz, qui, à l'issue de l'opération qu'il a finalement décidé de subir, deviendra Zannouba, avec ce fol espoir qu'enfin, son corps sera en osmose avec la véritable et profonde identité que ce huitième enfant d'une famille uniquement composée de filles a toujours revendiquée.
A travers dialogues ou monologues, les deux femmes abordent l'intime, les traumatismes anciens dont elles continuent de subir les résonances -le suicide dissimu…

"Wastburg" - Cédric Ferrand

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"Après avoir rechigné du groin dans un premier temps, les Wastburgiens s'étaient habitués à faire la tortore avec des épices lointaines, et maintenant que le pli était pris de fourrer des aromates dans tous les plats, plus question de se serrer la ceinture. Ça réclamait à grands cris un assaisonnement exotique pour faire passer le goût douceâtre du chou ou du rutabaga."

Bienvenue à Wastburg, enclave posée sur le Puerk dont les deux bras l'enserrent, à quelques encablures de l'embouchure ouvrant sur la mer. De chaque côté du fleuve, deux territoires ennemis qu'il sépare, formant ainsi une frontière naturelle : la Loritanie et le Waelmstat. Wastburg est quant à elle une cité apatride, où cohabitent tant bien que mal des représentants des deux communautés. Le Bourgmaester -vieil homme mystérieux dont seuls quelques rares membres de sa garde rapprochée connaissent le visage- règne sur l'ensemble de ses quartiers, chacun étant localement administré par un maest…